Corée du Nord

To read this article in English please click here

REGARD VERS LE NORD

«-Pourquoi aller en Corée du Nord
-Pourquoi pas? » 

C’est un échange que j'ai souvent eu avant d’effectuer mon voyage à Pyongyang en août 2010. À vrai dire, j'avais une curiosité insatiable sur ce pays qui se trouve juste de l'autre côté de la zone démilitarisée. Livres, articles et documentaires n’ont fait qu'attiser ma curiosité. Sachant que j’allais me retrouver à Beijing à la fin de notre voyage estival, j'en ai profité pour organiser mon voyage. 

Après avoir assisté à un briefing dans les bureaux du voyagiste la vieille du départ, nous nous sommes retrouvés le lendemain matin dans un vol Air Koryo. Mes compagnons de voyage étaient Britanniques, Australiens, Irlandais, Allemands, Hollandais, Suisses et Américains (oui, les Américains sont autorisés à visiter la RPDC !). Un vol de courte durée sur un appareil plutôt brinquebalant avec des hôtesses un peu abruptes nous a laissé le temps de feuilleter la seule lecture mise à notre disposition : l'hebdomadaire de langue anglaise Pyongyang Times dont la une était "Kim Jong Il assiste à une comédie légère". 

Koryo Air vol JS252

Notre avion partageait le tarmac de Pyongyang avec celui de Jimmy Carter, qui était dans le pays pour obtenir la libération d'un prisonnier américain. 


Nous avons pu quitter l’aéroport qu’une fois que les bagages avaient scrupuleusement été vérifiés par les agents de sécurité, et bien que mon roman The Woman In White (écrit en 1859) soit passé sans souci, on a indiqué à une amie que son exemplaire du magazine Elle devrait absolument repartir du pays en même temps qu’elle. 

Sur la route de l'aéroport à notre hôtel, je fus surprise de voir à quel point la campagne était verte, et je me suis rendue compte que je m'attendais à voir du gris partout. Notre hôtel (un des rares hôtels de Pyongyang à pouvoir accueillir les étrangers) se trouvait sur une île au milieu de la rivière Taedong. Nous étions libres de nous promener sur l'île, mais pas plus loin. 

la vue depuis notre chambre d'hôtel

Toutefois, les jours suivants ne nous ont pas laissés beaucoup de temps pour flâner à loisir, car nous avons été toute de suite pris dans un tourbillon de visites. La première était symboliquement la plus importante, le Grand Monument Mansudae – gigantesque statue en bronze de Kim Il Sung, devant laquelle nous devions déposer des fleurs et lui faire la révérence. 

Mansudae Grand Monument

Nous avons enchainé avec le Musée de la guerre de Corée, 

Musée de la guerre de Corée

l'Arc de Triomphe (trois mètres plus haut que son homologue français), 


la Tour de l’Idée Juche, 


la maison natale de Kim Il Sung, et on a même trouvé le temps de nous faire visiter un magasin de timbres et une librairie. Parmi les nouveautés de la librairie : Kim Il Sung - le grand homme du siècle et Sur la construction du Parti des travailleurs de Corée ; je ne sais pas si des livres sur d'autres sujets sont disponibles en Corée du Nord, en tout cas, je n’en ai jamais vues. 

Les nouveautés de la librairie

Nous avons également visité le "USS Pueblo", un bateau-espion américain capturé par les nord-coréens en 1968, 

USS Pueblo

et la Place Kim Il Sung - un lieu que vous connaissez sans doute suite à des images télévisées souvent rediffusées où l’on voit des soldats qui marchent au pas devant Kim Jong Il au garde à vous. Nous avons eu droit à un petit tour dans le métro de Pyongyang 


où, comme c'est le cas pour tous les visiteurs étrangers, nous avons voyagé de la station «Réhabilitation» 


jusqu’à l’arrêt suivant «Gloire». 


Dans le compartiment trônaient des photos des Kim père et fils, tous deux au regard sévère. 


Les deux stations se caractérisent par une architecture riche en lustres, marbre et fresques murales représentant les activités héroïques de Kim Il Sung. 


Bien qu’il ne soit pas facile de parler aux Nord-coréens ordinaires, nos déplacements à pied ou en bus nous ont permis d'entrevoir la vie quotidienne de Pyongyang. 







Notre groupe de vingt était flanqué à tout moment par trois guides, un cameraman et le chauffeur du bus. (Seulement un des guides parlait – à quoi servaient les deux autres ?!) 

une des guides

chauffeur et cameraman

Des affiches de propagande aux couleurs vives égayaient parfois l'architecture grise de la ville, mais toute la couleur qu’on trouve normalement en milieu urbain sur les devantures de magasins, les sacs plastiques, les affiches publicitaires et même dans les stations-service manquait. 


On ne voyait pas non plus d’animaux de compagnie. La plupart des hommes portaient des costumes identiques de couleur gris anthracite, et les femmes portaient principalement des vêtements unis ou des chosonboks (un hanbok qui s’arrête aux genoux). Comme il pleuvait, tout le monde portait des bottes en caoutchouc ! J’ai vu plus de voitures que ce à quoi je m'attendais, mais également de longues files d'attente aux arrêts de bus pour monter dans des bus pourtant déjà bondés. Cependant, notre guide nous a informés en détail des avantages de la dernière nouveauté des transports publics de Pyongyang : un bus à étage (sic). Comme il y a peu de feux de circulation, des traffic ladies impeccablement vêtues dirigent la circulation à coups de bâton à chaque grand carrefour avec une précision militaire. 

traffic lady (en képi)

Les nuits étaient très sombres, avec peu de circulation et d'éclairages publics et aucun néon. On peut imaginer que les sorties nocturnes doivent être rares, et on voyait que la plupart des appartements était allumés, mais d’une simple lumière pâle. 

Pyongyang at night

Le point culminant de notre séjour a sans doute été les Mass Games (spectacle de masse). 

publicité pour les Mass Games

Annulé le premier soir en raison de la pluie, nous avons pu y assister le lendemain. Se déroulant dans l'un des plus grands stades du monde, 


les Jeux comptent jusqu’à cent mille participants, beaucoup plus nombreux que le public en fait. Cette extraordinaire performance gymnique met l'accent sur la dynamique de groupe plutôt que les compétences individuelles. Les figures sont très complexes et hautement chorégraphiées. Dans les gradins, en face des spectateurs, des enfants tournent des pages de couleur de livres pour reproduire de gigantesques motifs en mosaïque. 


Un voyage en RPDC est soumis aux conditions imposées par son gouvernement, et vous n’avez pas de réelle indépendance lorsque que vous y êtes. L'histoire qu’on vous y raconte est très partisane, voire complètement fausse (par exemple, on nous a décrit, ‘preuves’ à l’appui, comment les EU ont commencé la guerre de Corée). Internet n'y existe pas et vous n'êtes pas autorisé à utiliser la monnaie du pays (je n’en jamais vu). Parfois, j’avais l’impression d’être un figurant dans un film de propagande des années 50, ou dans 1984 de George Orwell. Mais si vous êtes prêt à accepter ces conditions, vous visiterez un pays fascinant comme aucun autre.

l'avion de retour

dans l'avion de retour


Cet article a également été publié dans le numéro septembre-octobre 2011 du Petit Echotier, la revue de l'AFC (Association des Francophones en Corée).


Lectures conseillés :

Pyong Yang par Guy Delisle. Un animateur à Pyongyang, qui dessine  la vie quotidienne d'un des pays les plus secrets et les plus fermés du monde.

Les Aquariums de Pyongyang par Kang Chol-Hwan. Dix ans de goulag en Corée du Nord : le premier témoignage sur un pays aveuglément fidèle au stalinisme.

Vies ordinaires en Corée du Nord par Barbara Demick. En s’appuyant sur les destins d’une demi-douzaine de Nord-Coréens, Barbara Demick dresse un épouvantable état des lieux : famines à répétition, faillite totale de l’économie, de l’éducation, de la santé. Mais aussi propagande, censure, arbitraire.