Le Trans-Siberien

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Voyage à Travers Un Quart Du Globe : de Vladivostok à Moscou


Je me baladais dans la rue quand je me suis retrouvée face à un bus en route pour le centre de ville Séoul. Comme j'habite en Corée quoi de plus normal ? Sauf que je me trouvais à Vladivostok, ville de départ du mythique Transsibérien. Sa proximité avec la Corée et le Japon fait que la plupart des véhicules vladivostokiens sont importés de ces deux pays. Dans le cas des voitures japonaises ça donne lieu à des voitures avec le volant à droite qui roulent à droite …


Après trois jours d’exploration humide de cette ville interdite aux étrangers jusqu’en 1991, nous sommes allés à la gare pour découvrir le train dans lequel nous allions passer les prochaines soixante-dix heures jusqu’à Irkoutsk, notre premier arrêt. Nous avions deux mois de vacances et nous passerions les deux premières semaines à traverser la Russie, grâce au Transsibérien. Petite précision pendant que j’y suis : contrairement à "l’Orient Express" il n’existe pas de train ‘Transsibérien’, mais plutôt une série de trains qui parcourent toute ou partie de la voie entre Moscou et Vladivostok vers l’est ou l’ouest. En fait "Transsibérien" désigne la voie.









A bord du train nous avons vite fait de nous installer dans une routine quotidienne. Les trains transsibériens sont plus confortables que luxueux. Nous avons passé notre temps à lire, à regarder le paysage, à manger, à regarder le paysage, à écouter de la musique, à regarder le paysage, et à apprendre l’alphabet cyrillique afin de déchiffrer les noms des gares par lesquelles on passait. (En tant que non-russophones nous avions fait appel à une agence spécialisée pour les réservations de train et d’hôtel, mais une fois en Russie nous étions tout seuls comme des grands). Nous avons également passé beaucoup de temps à régler nos montres car le train traverse sept fuseaux horaires – mais les horaires des trains sont tous basés sur l’heure de Moscou, d’où des calculs mentaux parfois complexes !



Nous avons traversé des kilomètres de steppe, de taïga, des villages où la température moyenne en janvier est de -33°C. Toutefois, contrairement aux idées préconçues, l’été en Sibérie est très chaud. Avec les températures estivales dont nous bénéficiions pendant notre voyage nous avions du mal à croire que la forte inclinaison des poteaux télégraphiques était due au permafrost.



Se laver était toute une histoire. La "salle de bains" (bien grand mot pour une pièce minuscule partagée par tout le wagon, sans douche, sans eau chaude et sans bouchon d’évier !) nous obligeait à des débarbouillages rapides et acrobatiques. En calant les pieds pour contrecarrer le ballottement du train, il fallait éviter de faire tomber ses effets personnels dans le trou des toilettes (c’est-à-dire directement sur la voie en dessous), tout en gardant une main appuyée sur le robinet pour extraire un mince filet d'eau froide. Et malheur à celui qui souhaiterait utiliser les toilettes au mauvais moment – elles sont fermées trente minutes avant et après chaque arrêt. J'aimais bien descendre du train quand notre provodnitsa (hôtesse de wagon) nous le permettait, pour me balader le long du quai pendant nos courts arrêts. Malheureusement je crois avoir ajouté aux cheveux gris de mon mari, car j'étais invariablement la dernière à monter dans le train avant qu'il ne reparte, silencieusement.



Grace au samovar dans chaque wagon et son eau chaude illimitée, notre régime alimentaire à bord du train était très varié : nouilles instantanées, pâtes instantanées, purée de pomme de terre instantanée … Il existe bien un wagon restaurant dans chaque train, mais nos virées initiales ne nous encourageaient pas à y retourner. Mais lors de nos arrêts à Irkoutsk, Novossibirsk et Ekaterinbourg nous avons savouré une nourriture russe délicieuse : omul (poisson endémique au Lac Baïkal), pelmeni et vareniki (des boulettes farcies), blinis, borscht… le tout accompagné de kvas (boisson à base de pain de seigle fermenté) ou de vodka. Sur les quais on pouvait se ravitailler en concombres, œufs durs et tomates juteuses auprès de babouchkas édentées et souriantes.



Irkoutsk, autrefois centre d'exil sibérien, est dorénavant la porte d'entrée du magnifique Lac Baïkal, distant de 64km. Nous y avons fait une plongée sous-marine dans une eau à 4°C (début juillet !) A Irkoutsk nous avons croisé les premiers touristes occidentaux depuis notre arrivée en Russie six jours auparavant.



De retour dans le train pour 'seulement' trente heures, notre arrêt suivant était Novossibirsk, centre géographique de la Russie et capitale de la Sibérie occidentale.




Ensuite notre étape la plus courte (21 heures de train) nous a emmenés à Ekaterinbourg. Cette belle ville est tristement célèbre comme lieu de l'assassinat de la famille Romanov. Une église imposante leur rend hommage. On trouve également près de cette ville une borne marquant la frontière Europe-Asie, où l’on peut s'amuser à se prendre en photo avec un pied dans chaque continent.




Notre dernière étape dans le train – 26 heures – nous a fait franchir l'Oural avant d'arriver à notre destination finale – Moscou. Nous y avons passé plusieurs jours en compagnie d'une amie moscovite de Séoul, et avons eu l'énorme chance de pouvoir assister à un ballet au Bolchoï.




Enfin, il était temps pour nous de poursuivre notre voyage – mais en avion cette fois-ci.


Lectures conseillés : 

Le Transsibérien par Albert Thomas. Impressions de voyage d'un jeune étudiant qui gagne en 1898 un prix d'excellence peu banal : un billet de train pour le Trans-sibérien.

Transsibérien guide Lonely Planet

Catherine la Grande par Henri Troyat. Une biographie de la petite princess allemande qui à l'âge de 36 ans accède au trône de Russie sous le nom de Catherine II.


Quelques renseignements 

· La Russie est le plus grand pays au monde – deux fois plus grand que les États-Unis.
· Le Transsibérien parcourt 9 289 km de Vladivostok à Moscow; il est aussi bien la route ferroviaire la plus longue au monde que la route ferroviaire nationale la plus longue.
· Sans arrêt, le voyage en train durerait 146 heures.
· Plus de 30% de tous les arbres au monde poussent en Sibérie.
· Le lac Baïkal est le lac le plus grand et le plus profond au monde, avec 20% de toute l'eau douce du monde.
· La vitesse moyenne du train est seulement de 69 km/h.


Cet article a été d'abord publié dans le Petit Echotier, la revue de l'AFC (Association des Francophones en Corée).